2ème prix catégorie adultes "L’homme nouveau est à (ré)inventer "
L’homme nouveau est à (ré)inventer, (Approches et mélanges de tartufferies philosophiques et évolutionnistes)
“In extenso, quid de l’humain, de l’homme, du mec contemporain ? ».Tintin-Nietzsche van Pasteur- Mengele, néo étudiant, entamait sa première réflexion post baccalauréat, son corps lové dans un fauteuil pop-art de son bistrot fétiche (« L’Académie Royale ») de la ville vieille. Fort décidé à mener de front études de biologie et de sociologie simultanément, il s’était mis, dès le premier jour de l’obtention de son diplôme, à devancer sa divine expérimentale destinée.
Le prix du kawa a encore augmenté, ça fait trois fois cette année.
Comment va l’étudiant, comment va l’homme nouveau ? singea le serveur australopithèque.
Ca pionce, ça pionce, grommelait dans sa barbe anarchique l’indigène prénommé Tintin- Nietzsche.
Mécaniquement, le serveur faisait ses allers retours et conditionné par la routine de son service., il déclamait inlassablement en alexandrins et en rimes riches le même menu de la même carte.
Lassé par le vent insufflé par une hélice clouée au plafond, le jeune homme, gentleman notoire, voulut éviter quelques virus microbiens et quitta le ventre mou du bunker confortable. Alors, Tintin- Nietzsche s’est dressée difficilement sur ses deux pattes pour découvrir l’horizon, pour essayer de comprendre la meute de ses congénères survivants de son microcosme terrien, que lui jugeait dangereux. Sa face simiesque révélait quelques inquiétudes ; il entendait le bruit, décryptait le mouvement et tout ce flou, toute cette complexité se devait d’être résolue. D’un air supérieur circonspect, il posa magiquement un pied devant l’autre et partit en chasse, non sans avoir déboursé un trésor de somme pour régler l’ardoise de son liquide noirâtre au goût d’eau de javel.
Jamais l’humain ne lui avait paru si intéressant, d’habitude il ne le fréquentait que par obligation et maintenant il avait deux raisons valables pour s’en approcher : le connaître et se connaître puisque par syllogisme (trop facile à démontrer), il faisait partie intégrante de la race. Sa première réflexion en javanais ancien ne lui parut pas convaincante donc il décida de s’auto-analyser en français bien de chez nous ; il s’observa dans un quelconque miroir made in Thaïlande, analysa ses traits anatomiques puis ses caractéristiques psychologiques. Il en découla par des calculs savants qu’il était bien un humain de sexe masculin. Son encyclopédie franco-française, dans un vocabulaire spécifique admit le même postulat. Puis en tant que cartésien woodyallenien, il s’interrogea sur son champ de rayonnement . Il confina sa quête en cunéiformes franco-bretonnes dans son petit carnet rouge in-octavo. Conclusion : il était seul, ils étaient des millions.
Rue des Frères Lumières, il aperçut un homme candide cultivant son jardin qui semblait heureux quand soudain, une autochtone répondant au sobriquet de Julie Verne-Curie peinturlurée à outrance lui demanda du feu dans un argot bourgeois du dix neuvième siècle. Or, Tintin- Nietzsche n‘avait pas de feu, d’ailleurs il n’avait jamais eu le feu et avec tout le goudron absorbé par cette femelle, on aurait pu construire une autoroute jusqu’au royaume d’Hadès. La gracile animale douée de parole (du picard russe berbère) s éloigna en agitant ses membres dans un grand n’importe quoi chorégraphique, enchaînant une variation baroque et charma le chef d’une autre tribu qui lui avait offert du feu. Il était alors élémentaire (cria-t-il à son ami imaginaire Watson-Rousseau) qu’il lui fallait obtenir le feu pour communiquer avec l’autre. Il analysa sa souffrance toute lyrique et sadique dans son carnet rouge en québécois mathématique.
S’arrêtant à une fontaine rococo place Lavoisier, mirant son reflet, une larme (de formule chimique H2O) se mélangea à l’eau (pas de publicité) en formant un précipité bleu qui fit naître une ondelette à la surface.
Ensuite, ce petit intermède mélo passé, le chercheur-aventurier entrevit une vieille drapée (rue Edit de Villers-cotterêts) dans des peaux de léopards braconnés (et bradés aux puces) qui s’approchait sournoisement de lui, qui n’avait pas le feu. Notre homme sans peur et sans reproches fut de prime abord ému par cette insolence. Eve (au hasard) bravait l’interdit mais l’intrépide avait déjà mis la main sur son collier de pâtes coloriés baptisé par Juan Claudius V. Cependant, elle trouva l’équation de mots juste :
Mon petit, si tu veux que je te console c’est cent balles et si tu veux le Paradis c’est cinq cents. Amen. O.K ?
Le jeune bambin s’excusa et avoua qu’il ne désirait pas côtoyer Dieu de si près mais aux noms de la science, de François Villon et du Kama-Sutra, il se devait de se sacrifier. C’est donc ce soir là qu’il s’accoupla pour la première fois. Il explora, physiquement le corps râpeux de la vieille et glissa ses organes dans ceux de son cobaye (pour info la dame s’était parée de son plus beau dentier) et verbalement (il geignit en patois araméeno- alsacien pour ne pas gêner les voisins),. Pendant l’acte, dans sa gêne de plaisir authentifié, il s’informa (en hébreux- celte pour garder le secret bien qu’il trouvait que le français plus romantique conviendrait mieux) et posa moult axiomes à sa collègue. Celle-ci convenait à la fin des ébats que son client était cro-mignon. Alors, notre jeune néophyte lacanien se lança dans une bourrée post punk technologique. Maintenant, il fallait débourser et comme tout se voulait déjà commercial, il paya pour sa partie de bonheur en l’air conscient que tous ses enchevêtrements et désenchevêtrements l’avaient avancés dans ses recherches. La créancière accepta le deal et entra la monnaie dans son coffre fort en dentelle puis elle pianota en euro-suisse la somme sur son ordinateur pour tenir à jour ses comptes, c’est sur elle allait exploser son chiffre d’affaires. Il nota toute l’alchimie partagée en utilisant paraboles, paradigmes, calculs boréliens, argot shakespearien et théorème de Chasles. Là encore le français s’imposait pour l’émotion et pour décrire l’aventure-réalité.
A l’insu de sa partenaire, dans une douceur de mâchoire aiguisée, monsieur van Pasteur- Mengele avait arraché un morceau de peau à sa partenaire qu’il examinerait dans son laboratoire personnel. Il avait lu dans certains articles de presse de l’intelligentsia francophile ( à cinq euros le mensuel) que l’homme pouvait se reproduire à partir d’un organe. S’il savait que des fortunes mal avisées tiraient mauvaises actions de ces expériences, lui ne voulait que se dupliquer pour aller faire la guerre ou passer dans des émissions de télé-réalité. Il ne voulait pas non plus causer de dommages collatéraux, notre idiot ne voulait qu’égoïstement copier la vieille qui était devenu pour lui une icône de la recherche et épisodiquement de l’amour ad vitam eternam. Notre amoureux , homme habile, tenta l’aventure, non sans être passé au préalable chez Madame Carmen (impasse Ambroise Paré), qui lui donna son aval en lisant l’avenir dans sa boule de cristal . Il lui fallait l’avis d’un confrère savant poète et prophète à gogo car, comme tout homme né en Derthal, (proche de Tautavel), il lui fallait une preuve tangible pour se lancer dans une telle expédition. Les astres devenaient eux aussi astronomiques constata-t-il.
Comme il pensait en anglais, puis en américain, puis en espagnol, puis en suédois du sud et éventuellement en langue d’Oc, il trouva le truchement de sa réflexion un peu longuet et choisit d’annoter son expérience en français pour sa richesse et pour sa difficulté.
In fine, il avait le droit à un break bien mérité mais apposa une conclusion majeure dans son petit carnet. L’homme était passé au stade « homo-économicus » et le serveur, poussé par la peur du licenciement lui demanda de régler de suite le café qui avait encore augmenté.
A la rituelle question, Monsieur van Pasteur-Mengele répondit : « l’homme ça pense, ça dépense et ça panse » .

