Mairie de Vandoeuvre
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La gazelle et les exciseuses

par Christian Mambou,

Résumé :

Ayite, une adolescente promise en mariage à un vieux polygame, décide, à la veille de son excision de prendre la fuite. Avec le soutien de sa mère, elle rejoint son cousin en ville, dans l'espoir d'une vie nouvelle. Cependant, les notables du village pour qui une telle dérobade  représente une offense aux règles de la vie communautaire et à la mémoire des ancêtres, ne l'entendent pas de cette oreille. Ayite doit à tout prix être excisée et regagner son nouveau foyer ! S'organise alors une longue traque contre la fugitive...

Dans un mélange d'intrigue et de coutumes locales, sur fond de soleil, richesse des sentiments et intimisme fétichiste, l'histoire émouvante d'Ayite pose le problème complexe de l'excision ou même celui de la survie d'une culture et de l'identité d'un peuple.



Extrait :

- C'est étonnant que dans ce pays développé, on en soit encore réduit à cette barbarie, dit Aya.

- Chez nous, grâce à d'intenses campagnes de sensibilisation cela n'existe plus, ajouta Kéïta. La population connaît tout sur l'excision et ses effets néfastes sur la santé des femmes.

Dans leur pays, les filles étaient autrefois excisées pendant l'adolescence. L'éducation et l'urbanisation poussèrent certaines à se révolter contre le rite. Les anciens décidèrent alors de faire la pratique sur des bébés de quelques mois. Avec les nourrissons, la tradition pouvait se perpétuer sans contestation. Ce fut le cas durant de longues années. Mais le changement remit tout en cause. Pratiquée en dehors de tout rituel social sur des nouveau-nés, l'excision perdait son véritable sens et apparaissait comme une volonté masculine de dominer la sexualité féminine. Les associations féministes crièrent à l'esclavage sexuel. Dans une population en partie dominée par les femmes, ce qui fut considéré comme des campagnes pour l'égalité et le droit au plaisir sexuel, bénéficia d'un large écho et désarma les traditionalistes.

- Cette pratique et tout ce qui est lié au sexe restent un tabou pour nous, dit Ayite désolée. Seuls les anciens en parlent.

- C'est n'importe quoi, reprit Kéïta. Jadis, les hommes inventèrent cette histoire à cause de la polygamie.

- Incapables de satisfaire leurs nombreuses femmes, ils leur ôtèrent le désir. Ainsi, elles devenaient moins exigeantes, appuya Aya. C'est  comme couper le sexe mâle.

- Je ne pense pas que ce soit la raison, répliqua Ayite.

- Tout à fait, ils veulent s'approprier et contrôler nos corps, dit Kéïta. Ils voudraient jouer avec sans être jugés. Mais, tu vois ici, nous les notons. Et avant, ils passent à la caisse. Car le plaisir a un coût, avec des femmes aussi belles que nous, il revient cher.

- Nous savons de quoi nous parlons. Si tu voyais certains clients ! De véritables paresseux. Tu auras l'occasion de t'en rendre compte ce soir. Au bout de quelques secondes, ils rendent l'âme. Remarque, cela nous arrange. On passe moins de temps avec eux . Et, il y en a plus.

- Pour les fidéliser, ajouta Kéïta, nous leur faisons croire qu'ils sont de vrais étalons. Alors, ces vauriens reprennent confiance.

- Tu te rappelles de l'homme au caleçon rouge ? demanda Aya en s'esclaffant.

À son tour son amie se mit à rire. Ayite eut alors droit à plusieurs anecdotes. Autour d'une tasse de thé, Aya et Kéïta racontèrent les hauts et les bas de leur quotidien. Les deux cousines avaient fui la misère et la sécheresse dans leur pays du Sahel avec l'espoir d'une vie meilleure à Djanbraz, plaque tournante dans la sous-région. Mais sans permis de travail, elles déchantèrent rapidement. Les services d'immigration opposèrent un refus catégorique à leurs demandes. Keïta ne put alors faire valoir ses compétences de comptable et Aya celles d'infirmière. Aucun  employeur n'embauchait sans le sésame de l'administration. Leurs économies épuisées, elles se résignèrent à suivre les conseils de certaines compatriotes prostituées. Ce fut avec l'aide d'une amie qu'elles se firent une place à Lasdal